Piou piou #1

Le soleil dont rêvait les habitants en Hiver était là, et c’était sans surprise que ce désir était devenu regret. Des bouts de bitume avaient fondus ici et là, tout ce qui avait des roues se plaignaient. Les vélos de mon immeuble s’emmuraient dans l’attente d’une solution propice à toute les espèces.  Le mien en particulier était une sacré drama-queen dont je ne supportais plus les discours. Je l’avais enfermé dans un local avec 8 autres de ses compères, tous se demandaient si quelques giboulées pourraient les sauver de cette fin du monde caniculaire.

Des passants en moule-bite et en bikini nageait jusqu’au casino market le plus proches. Des maîtres nageurs en slip de bain rouge électrique surveillaient les alentours d’écoles maternelles. Sur les quelques trottoirs qui flottaient, ceux qui craignaient de nager jouaient leurs vies pour rentrer chez eux. Les détours étaient trop nombreux, il fallait parfois faire des kilomètres pour pouvoir traverser une rue. Femmes et hommes brandissaient des éventails si énormes qu’on craignait de se faire frapper en les dépassant. Tout était encore une question de style, d’élégance. Leurs maquillages coulaient à grosses gouttes sous l’effet du vent chaud brassé par leurs accessoires de mode.

Je me trouvais bien embêté. Je me fichais peu des enjeux des autres. En ouvrant mon placard ce matin, j’avais vu un de mes aliments gigoter. Je craignais le pire en voyant ma future omelette s’animant de la sorte. J’avais besoin de cuire l’œuf le plus vieux du monde avant qu’il décide de se transformer en poussin. Je m’étais épris d’un bonheur impensable pour cette boite d’œuf trouvé lors d’un retour de soirée sur le perron de ma porte à 2h30. Moi qui n’avais ni le temps ni l’énergie pour une vie aussi petite, je faisais de mon possible pour ne pas donner trop de caresses au petit œuf. Je n’arrivais déjà plus à supporter l’immensité de mes jours, les partager n’aurait rien arrangé.

 

La chaleur avait fait fondre tout instruments de cuisine, mon sol avait la texture d’un robot. Je sautais sur les quelques îlots de trottoirs restants à la recherche d’un pare-brise clément sur lequel je pouvais griller tout espoir de vie à deux.  Tout les habitants de mon quartier cuisinaient déjà des rumstecks sur les quelques bagnoles restantes. Un défilé de tongs et de shorts de bains occupaient les quelques espaces libres. Foutus squatteurs de barbeuc !

La fonte de la ville n’avait pas tué la ville, quelques rires glissaient sur les rayons de soleil et la joie faisait swinguer le corps transpirant de milliers de petit gens. C’était aussi pulpeux qu’une orange ! Un dynamisme mouillé accompagné de râles de gorges séchées. Il arrivait parfois que le ciel suinte quelques instant et on se réjouissait du coté légèrement acide de cette nouvelle pluie.

Je courrais toujours avec l’œuf le plus vieux du monde, je sentais battre un petit cœur de la taille d’un pop-corn avec la terreur qu’il n’éclose en une créature. Ce n’aurait pas été la première fois, j’avais déjà été père d’une relation qui m’a meurtri le jour ou nous nous sommes dit adieu.

C’était il y a fort longtemps. Je pourrais croire que ce fut une autre vie pourtant je peux vous dire avec une facilité déconcertante que nous étions le 8 mars 2017. J’étais en voyage imprévu, mon covoiturage m’avait déposé à Barcelone. Moi qui souhaitait découvrir Perpignan le dépaysement a été soudain.

Il est apparu comme un rêve qui se déposerait sur mes paupières. Il avait toutes les subtilités de la beauté. Beau comme un camion, beau comme un dieu, un ange, un solo de jazz, une plante, un plat de macaroni au fromage ! Il a fait fondre mon cœur et me l’a reconstruit en chocolat pour s’excuser. Il avait un super-pouvoir de charmeur, il était un fantasme qu’on s’estime heureux d’avoir réalisé. Ces fameux dons qui donnent des spasmes aux figurants et qui provoquent des évanouissements d’un simple souffle, il les possédait tous !Par exemple,  je peux vous dire que c’était un aimant à regards.  De ses cils se dégageaient une force magnétique si intense qu’on ne pouvait s’empêcher de jeter des coups d’œils vers lui.

Moi qui avait une peur si folle des regards, il m’a à jamais vacciné grâce à l’amour. Nous étions sous les feux d’un projecteur imagée. Je craignais que mon cœur en chocolat ne survive pas à cette foule qui nous dévorait des yeux dans l’espoir d’un petit bout de notre bonheur.

C’était un élan de la nature, une force qui me rendait soumis à sa puissance. Mais les aimants s’érodent tous un beau jour. Il était mon amant aimant, si aimant et pourtant ! Un beau jour il a cessé de m’attirer, je me suis décollé, nos mains ne se touchaient plus et je pris conscience que j’étais à terre. Désabusé, effrayé de ce vide qu’avait laissé son absence. Mon cœur en chocolat aspiré par le sable d’une plage dans laquelle nous nous trouvions. Il s’apprêtait à me repousser, j’étais devenu son opposé aucune force ne pouvait inverser ce processus chimique.

C’était triste, ça avait l’allure et la puissance d’un discours présidentiel, un discours enjoliveur et plein de promesses, une confiance et une prestance si intense qu’avec elle on pensait pouvoir viser les étoiles. Hélas, plongé dans les vagues de ces lèvres, il ne me restait plus rien si ce n’était la noirceur de laquelle sortait ces mots. Je fus prisonnier trop longtemps de ces syllabes qui m’invitaient à m’enfuir, je ne les comprenais pas, terrassé par la puissance inconnue du chagrin des poètes.

Il y avait une bourrasque de sable ce jour là. Elle me renvoyait au visage les larmes que je tentais de projeter vers lui (puisque je vous dis que c’était une journée horrible.) Mes yeux me piquaient tandis que les siens grands ouverts se délectaient de cet étrange spectacle. Mes mots se retrouvaient pris dans la tempête mais les siens me transperçaient avec une justesse injuste. Il est parti en ne me laissant aucun indice sur la nouvelle vie qu’il entreprenait. Il souhaitait devenir fantôme, l’ombre et le reflet d’un sourire qui ne serait jamais mien. Son image s’associait peu à peu au deuil des rares instants ou je connus le rire.

Pour aller de l’avant il m’avait rendu les secondes que nous avions passés ensemble. Encore aujourd’hui il m’arrive de retrouver dans mes poches une poignée de ce temps partagé qui s’échoue sur la route lorsque je sors ma carte de bus. Etre le petit poucet d’une relation brisé, ça donne envie de s’emmurer comme la brigade des vélos à ruminer sur son sort. Toutes ces vieilles roues ont du connaitre milles peines de cœurs pour en arriver à être aussi exaspérantes, espérons que je ne connaisse pas ce destin.

Moi je ne pouvais plus supporter une autre vie même si infime. Le désespoir rajoutait des kilos à mes jambes, je marchais comme un sumo et ma démarche avait l’allure d’une prestation artistique.

Par chance je finis par trouver mon bonheur.  Une clio rouge passion végétait dans un parking intact. Avec la plus grande délicatesse j’entrepris de casser la coquille contre les essuies-glaces. La fêlure arriva tout de suite. Tout ces petits CRAC qui suscitait beaucoup de peps provoquèrent en moi un frisson qui me fit lâcher l’œuf.  Il s’ouvrit en deux et un petit homme en manteau de fourrure jaune apparut devant moi. Il cracha quelques plumes, et tapota ses vêtements. Quelques nuages de secondes s’échappèrent de lui, je reconnus la texture de mes baisers d’antan dans la volupté de ces évanescences.

– Je suis le petit piou piou, aime moi… Je t’en prie aime moi.

– Pourquoi devrais-je t’aimer ?! Je te connais à peine m’énervais-je

– Car tu n’en as pas le choix, tu te dois de me laisser une chance car tu es mon premier tout. Mon premier sourire, mon premier contact, mon premier regard. J’ai hâte de passer ma première nuit avec toi, mon premier mariage blanc et mes premiers blues à cause de toi. Mon premier divorce puis notre premier enfant puis notre….

J’étais fou de rage mais pris d’une douceur pour cet être que j’aurai pu faire disparaître d’un geste de la main je me tus le temps qu’il finisse son discours. C’était son premier monologue après tout.

– …et enfin mon premier chien.

– Il ne sert à rien de croire que ton innocence portera à bout de bras notre relation.  Je refuse qu’on s’épanche, tu ne m’attires pas. Je regrette de ne pas t’avoir laissé moisir dans un rue ou pire de ne pas t’avoir balancé contre un mur avant qu’il ne soit trop tard.

Le petit piou piou ne semblait pas ravi, sur ses cheveux bouclés naissaient des vignes et son visage si rond prenait de plus en plus l’apparence d’une cerise en colère.

– Tu n’as pas le droit de m’abandonner, tu n’as pas de permis de rupture ! Je le sais car tu n’as jamais senti que tu pouvais te le permettre. Inconsciemment, tu as laissé poussé l’espoir insensé qu’il y aurait plus qu’un contact avec tes lèvres. Tu m’as fait tien mais tu ne m’as pas dévoré à temps, maintenant je suis donc à toi tout autrement.

– Eh bien aujourd’hui les choses changent, je m’en vais à la mairie des cœurs brisés demander le permis de te dire au revoir. Et ça sera long et périlleux mais sur cette base je pourrai reconstruire un vrai cœur au lieu de remplir ce trou dans ma poitrine avec des œufs brouillés, adieu !

Pour demander un permis de dire au revoir, il fallait passer plus d’une épreuve. Déguster des pots de crème glacée devant des films à l’eau de rose, faire du Kung-fu avec son oreiller et pouvoir être capable de pousser le cri le plus tonitruant de votre vie. Je pris le petit piou piou sur mon épaule pour qu’il soit témoin de mon acte et partit vers la mairie des cœurs brisés en dos crawlé.

-DEF

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s