« Quel taré. »

Et la grande lune dévoile cet homme trop affable qui se nourrissait au cours du jour de contes d’une Fontaine, de l’histoire animale des grandes figures qui le précèdent. A quoi aspirait-il dans ces autrefois tâché d’une morale que nos ancêtres ont réduit en cendres. Peut être, était ce le temps de respirer jusqu’à que l’obscurité le couvre.
Ce cadavérique vivant-mort cherche le repos et s’abreuve de tout liquides l’emportant autre part que dans cette nuit. Si la pluie était son absinthe,  l’ivresse serait son bambin, son cocon enfantin dans lequel il babillerait sa plus grande convoitise,  le substitut d’une caresse qu’il ne possédera jamais.
 
Sa bouteille friable échappe au contrôle de ses mains, moites d’une fatigue innommable. Cette torpeur, c’est celle du rêveur acharné subissant le risque constant de n’avoir aucun autre toit que les étoiles et un chapeau melon qu’il dégusterait volontiers. Hélas, la langue française le lasse et lui ment, il ne mangera pas ce soir. Le matin le sermonne, ses soldats de chair vêtus d’accessoires étrangleurs et de tissus sobres ordonnent à leur manière tout dimanche.
Le dimanche, cet hors-champ du temps qui réserve le silence et la surprise. Le dimanche, ce continuum incertain dans lequel chaque aventure devrait se dérouler. Le dimanche, cet instant fugace, une pâle imitation de ce que serait nos vies si nous avions le contrôle . Tout ce temps, que dis-je, tout ce ce sable qui s’écoule tel les gouttes d’un robinet qui fuit.  Elles qui préfèrent périr plutôt qu’attendre la bénédiction quotidienne qui les sortira de leurs contondantes prisons. Pourquoi pas nous ? Ou est notre tour ? Le présent ne se drape plus de ces aiguilles « ticotantes » d’horloges effacé de l’époque,  de ses coucous mécaniques qui constamment s’écrient ainsi :  bye bye !  bye bye!  bye, bye bye ! 
 
Que fais-tu ? beugle l’ivrogne invisible à un destinataire incertain. Maudit par l’existence et par l’introduction du mot normal dans le dictionnaire, il souhaite vouer aux gémonies l’univers pour s’être créé.  
 
Le robot de peau, l’unique soldat de la reine jaune se retourne. C’est bien la première fois qu’un être dévoile sa présence, sa pertinence piquante.  Le regard de pierre de ce cliché à deux jambes dénude aussitôt l’éméché au foie explosé. L’interpellé devient l’interpellé et ce jeu de rôle sans consentement le pénètre et l’invite à un blocage irrévocable de soi. Avez vous déjà été violé ? 
 
Et la rue Périole dans ce frivole hiver se rétracte et devient une ruelle canne à sucre. Cessez de filer droit comme si c’était l’évidence ! Surprenez l’intimidante apparition que vous fuyez à votre tour, et tournez. Sortez du robinet, soyez la goutte sans l’avoir. Jaillissez dans la bruine glacée d’un matin de décembre en jurant de tout les noms que vous avez en stock ceux qui oseraient vous paralyser de la sorte. Leurs esprits étriquées aussi décevant qu’une boîte de conserve vidé, qu’un estomac creux se rassureront plus tard sur ce mérite irrespectueux qu’ils affectionnent tant.
 
La dernière déprime de l’oublié, c’est que les lampadaires ne respirent plus. Dans l’obscur antan qu’il se remémore avec douleur,  dans ces heures éperdus de sa soirée, le perdu soutenait son visage en l’air à la recherche d’une compagnie plaisante. Il savait pertinemment que la réponse à cette question n’aurait pour seule logique qu’il n’y en avait aucune. Rivé vers le haut, il se fichait de la lune portée disparue.  Son cou se préparait à décoller, il appela à sa manière les cieux à se manifester. A cet instant il vit la petite cheminée d’une ancienne fabrique abandonnée toussotant un voile de fumée. Un vagabond travaillait sûrement à cacher sa misère pour revenir. S’il pouvait suivre en l’air ce ballet de brume, c’était grâce à ces lanternes gigantesques qui s’entourait d’une illusoire haleine, d’un souffle perceptible et enchanteur. Il se recueillit devant l’acrobatique et éphémère danse de son nouvel ami jusqu’à que la cheminée s’endorme.
 
Les lampadaires d’aujourd’hui sont aussi éteint que ce balourd complètement allumé. Il dévisage une dernière fois les corps de fer poussés à l’esclavage. Il titube sa lourdeur et sa maladresse jusqu’à pouvoir retrouver quelque part son couvre chef atmosphérique et ses éclats éblouissant. Ses pépites d’or inatteignables qu’il chérit autant qu’une lueur d’amour dans vos yeux.
 
Les chantepleure modernes et électriques reviendront d’un ailleurs ignoré pour éclairer sa lanterne, pour mettre en lumière sa carcasse désincarné qui s’apparente à l’ombre qu’on craint tous. Ne craignez rien si vous le croisez, ne redoutez pas ce redondant personnage que vous reverrez au crépuscule. Il ne fait que chasser cette tranquillité insouciante que vous récoltez entre vos murs et dans vos couettes.
 
L’armature plantée des réverbères de la ville rose s’enracine dans nos trottoirs fracturés. Celui qu’on dit fou sans qu’il ne le soit perçoit la cité dans laquelle il vit comme un gigantesque cimetière qui cultive la mort des belles choses qui ne durent pas. 

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