Lettre sans adresse.

Le meilleur remède des langues muettes, une goutte d’encre sur un parchemin un peu douteux. Tachez moi tout, souillez, crassez, dégueulassez le moindre périmètre. Votre raison est un porc,  votre cœur une porcherie. Sortez vos mains de vos poches, gigotez les, attraper votre arme gicleuse d’écrits. Tirez. En saccadé ? A vitesse constante ? Ou ça ? PARTOUT ! Ou ça ? Voyons, voyons. Par là….ou…par ou ?

Oh ! Je pressens que ça commence, tu pètes un câble, tu dérailles de ta destination, tu es la locomotive la plus silencieuse que j’ai jamais vue. Pleure ta fumée, pète plus qu’un coup. Relaxe toi mon vieux, tu t’es cru dans un monastère ou quoi ? Ici tu es à l’abri, embrasse de ma part tes chimères, ça fait un bail que je ne les avais pas croisés.

Brrrr qu’est ce qu’on est bien non ?

Oh oh ! Oh oui c’est le débordement, l’hécatombe de la discrétion. Allons, qu’importe si deux paires de trous d’hommes te transpercent dans ce lieu public ? Ils s’en foutent de tes fantasmes, tu n’es qu’une attraction ça passera. Tout tes soucis, c’est du chiqué, c’est du privé. Oublie l’univers autour de toi petit caïd, tu vis pour moi maintenant, capiche ? Et si tu me racontais précisément ce qui se passe ? Maintenant qu’on a brisé le silence pour qu’il réveille la parole.

Cesse donc de lever tes yeux en permanence au moindre bruit, on dirait que tu attends….oh. Tu attends quelqu’un ? Il est vrai que ce canapé ne ravit pas nos goûts. Ton cul s’enfonce à peine, tu préférerais surement le fauteuil alléchant à l’autre bout de la pièce. Hélas, tu as un point de vue imprenable sur la porte d’entrée d’ici et jamais OH GRAND JAMAIS TU NE QUITTERAIS CETTE PLACE SACRÉE. C’est hum je dirais….fort….émoustillant ? Bon merde tu vas me répondre ?  Tu attends quelqu’un ? Oh non je crois savoir, tu attends cette personne qui n’est pas attendu. Ton attente, c’est qu’il n’attends jamais, qu’il n’attends pas. Qui ça ? Celui que tu attends.  Tu sais que ça arrivera alors tu attends qu’il attends pour entrer au mauvais moment. Tu attends avec hâte le temps que cette attristante tendresse tente de t’entendre tendrement tout en sachant que ça tends à attendre que cette attente cesse, n’est ce pas ?

Mais mon cher, il n’y a plus d’écoute, les sons sont morts. Regarde moi ça, tu vois bien que le monde est muet. T’as le regard vitreux d’une truite et les entrailles d’une truie. T’es devenu un tas de cérumen qui attends qu’on le crame, et tu t’en tamponnes les deux ovaires pardon je voulais dire oreilles. T’en as pas marre de ta passivité, b-o-u-g-e  t-o-i.

Oh tu viens de bouger ? Qui est-elle ? C’est l’héroïne de ton histoire ? T’es tombé chez les personnages secondaires à cause de cette avalanche à emmerdes ? OH ! Non c’est bien pire, maintenant ! Qui est ce ?  Ah ah tu paniques pas mal. Aie, arrête de me froisser comme ça, je suis une fragile feuille volante. Contrôle tes pulsions de jeune homme.  Rien que pour toi j’ai inventé un mot, tu te mouves enfin et tu me surplombes de pathéticités. Tu m’inspire….la pathéticité, j’aimerai dire que tu es bouleversant mais ça serait te complimenter. Reprends toi uuuuurg, t’es chiant mec, apprends à accepter deux trois piques. Je suis sûr que tu joues très mal aux cartes. Bon qui c’est lui ? c’est qui lui ?

Oulala, ça sent l’amour fini tout ça ? Ah non c’est pire que ce que je pensais, c’est un amour inachevé qu’il a crevé au commencement. Il t’as dit non pas vrai ? T’as roucoulé tes petites passions mais t’étais pas assez étanche pour supporter l’inondation ? J’imagine la scène, pour une fois qu’on arrive à chier sur un pigeon, d’habitude c’est l’inverse.  Il était trop bien pour n’importe qui toute façon,  non ok t’étais juste trop bien pour lui, yep. Pourquoi je suis cruel ? Eh ho ! C’est pas de ta faute c’est de la sienne ! Non c’est de ta faute mais aussi de la tienne. Bon allez c’est peut être la sienne mais en même temps tu l’as mérité.

Quoi que je me taise ? Ah j’ai changé d’avis, t’es mignon tout plein quand tu prétends avoir le contrôle. Tu vois quand tu peux. Cesse de chialer maintenant.  Quoi qui est désolé ? Certainement pas moi…Ah mais attends c’est toi qui doit l’être et lui aussi l’est. Enfin bon, un homme a dit : Non attends c’était peut être une femme ou un moine ? Un bouddhiste ? Un poète, un rêveur, un aventurier ? Et puis merde on s’en fout de savoir qui est ce mec, tout ce qu’il dit est mauvais de toute façon. Alors….ah oui ! « Le cœur a ses raisons que la passion ignore mais j’ignore si la raison a le cœur de…. » je me perds dans ces proverbes affligeants. En plus ça a pas l’air d’aller mieux, t’es plus bas que terre, tu flottes ou la ? Oh hé mon petit Robinson de l’espace, t’as fini de te manger des étoiles dans la gueule ?

C’est lui le destinataire ? C’est à lui que tu veux envoyer ce torchon ? Oh mais il est si craquant, encore plus qu’une barre de céréale. Grrrr il est libre ? J’ai besoin d’un peu de mordant dans ma vie. Ah le jeune homme est déjà pris ? Pfff, toute façon je digère mal les yeux en amandes comme lui. Tes pathéticités sont justifiés au moins,  ce gars est une pépite surtout ne le laisse pas te filer entre les doigts. Ah ah je déconne c’est trop tard.  J’ai l’impression d’empirer la chose. Je suis ta lettre, je suis ta confidente, ta mie, ta dévouée, ta servante, si il y a quoi que ce soit que je puisse faire….ME TAIRE ?

Mais enfin sornettes et balivernes, quelle est cette fantasmagorique requête ? Je suis pas un vulgaire post-it moi, je suis ta lettre la plus personnelle. Sur moi tu chiales tout ton être, sur moi tu reproduis le 18ème siècle larmoyant de la littérature française ! Tu pisserais tes larmes pour me faire baver de tout les côtés si tu le pouvais. Au lieu de ça tu ne fais que chouiner quelques gouttelettes. Cesse tes tentatives déprimées à bourrer au xanax. Tu essayes de retrouver quelque chose que tu avais perdu d’avance. . Tu ne mérites pas que je m’envoie. Comment ? Tu ne veux pas m’envoyer ? Tu crois que je vais me laisser faire ? Je refuse la poussière de ton bureau miteux, je refuse d’être roulé en boule au milieux de tes déchets. T’es plus taré que prévu ! Qu’est ce que tu fous ? TU PEUX PAS ME FAIRE CA !

Les flammes lèchent la feuille, son cadavre fait de cendres s’éparpillent dans la campagne noire. Il fait nuit, un brin de toxicité encrasse les poumons du tueur. Il en avait marre d’elle, mais il la remercie. 

 

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